Ivre au volant de sa voiture de fonction, il réclame 62 000 € à son patron : l'affaire qui fait jurisprudence
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Ivre au volant de sa voiture de fonction, il réclame 62 000 € à son patron : l'affaire qui fait jurisprudence

Un cadre licencié pour avoir conduit sa voiture de fonction en état d'ivresse tente d'obtenir 62 000 € d'indemnités. Retour sur une affaire judiciaire hors du commun.

11 Haziran 2026·5 dk okuma·800 kelime

Un accident en voiture de fonction qui finit devant la justice

Certaines affaires juridiques semblent tout droit sorties d'un roman. Celle-ci, pourtant bien réelle, s'est déroulée dans le nord de l'Espagne à l'automne 2024 et a débouché sur une bataille judiciaire aussi audacieuse qu'inattendue. Un cadre, contrôlé avec 1,71 gramme d'alcool par litre de sang au volant de sa voiture de fonction après un accident, a non seulement contesté son licenciement pour faute grave, mais a également réclamé à son employeur la somme de 62 000 euros d'indemnités. Une stratégie judiciaire qui, au final, s'est retournée spectaculairement contre lui devant la Haute Cour de justice des Asturies.

Le contexte : un rappel imprévu qui tourne au désastre

Les faits remontent à un vendredi d'octobre 2024, en fin de journée. Le salarié, cadre dans son entreprise, a terminé sa journée de travail lorsqu'il est rappelé de façon impromptue sur le site de la société. La mission est simple : ouvrir la grille pour permettre l'accès à un transporteur. Rien de particulièrement complexe en apparence. Mais c'est sur le trajet retour vers son domicile, au volant du véhicule de société qui lui est confié, que la situation dérape.

Le cadre percute une autre voiture et endommage lourdement la fourgonnette appartenant à l'entreprise. Lorsque les forces de l'ordre arrivent sur les lieux et procèdent aux contrôles réglementaires, le résultat est sans équivoque : 0,53 mg d'alcool par litre d'air expiré, soit 1,71 gramme par litre de sang. Un taux qui dépasse largement le seuil pénal en vigueur en Espagne. L'employeur, informé des circonstances précises de l'accident, engage une procédure de licenciement pour faute grave. La rupture du contrat de travail est notifiée peu après.

La contre-attaque judiciaire du salarié

Face à ce licenciement, le salarié ne baisse pas les bras. Estimant que la décision de son employeur est injustifiée, il décide de saisir la justice et de réclamer pas moins de 62 000 euros d'indemnités. Une somme considérable, qui traduit la fermeté de sa position. Son argumentaire repose sur plusieurs éléments : le caractère imprévu du rappel sur le lieu de travail, le fait que le trajet retour peut être assimilé à un déplacement professionnel, et potentiellement une remise en cause de la proportionnalité de la sanction.

Dans un premier temps, contre toute attente, la justice espagnole lui donne raison. Un tribunal de première instance considère que certains éléments de contexte atténuent la responsabilité du salarié et que le licenciement pour faute grave n'est pas pleinement justifié. L'employeur, qui refuse d'accepter ce verdict, décide de faire appel. L'affaire est alors portée devant la Haute Cour de justice des Asturies, une juridiction de second degré compétente pour statuer définitivement sur ce type de litige.

La décision de la Haute Cour : une rupture de confiance confirmée

La Haute Cour de justice des Asturies va finalement renverser le jugement de première instance et donner raison à l'employeur. Pour les magistrats, les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier un licenciement pour faute grave, et ce pour plusieurs raisons fondamentales.

  • Le taux d'alcoolémie constaté dépassait clairement le seuil pénal espagnol, ce qui constitue en soi une infraction caractérisée à la loi.
  • L'utilisation du véhicule de société implique une responsabilité accrue du salarié, qui se doit de respecter les règles du code de la route et les obligations liées à la mise à disposition d'un bien appartenant à l'employeur.
  • La rupture de confiance entre l'employeur et le salarié est jugée irrémédiable. Confier un véhicule de fonction à un collaborateur suppose un niveau minimal de confiance que les faits ont définitivement brisé.
  • Les dommages matériels causés à la fourgonnette de l'entreprise viennent aggraver la faute initiale et démontrent les conséquences concrètes du comportement du salarié.

Au terme de cette analyse, la Haute Cour conclut que le licenciement pour faute grave est pleinement justifié. Non seulement le salarié ne perçoit aucune indemnité, mais sa tentative judiciaire se solde par un échec total.

Voiture de fonction et alcool : quelles leçons pour les salariés et les employeurs ?

Cette affaire, au-delà de son aspect insolite, met en lumière des enjeux juridiques et pratiques essentiels pour toute entreprise qui met des véhicules à la disposition de ses salariés.

Pour les salariés, il est impératif de comprendre que la voiture de fonction n'est pas un bien personnel. Son utilisation engage la responsabilité du conducteur mais aussi celle de l'entreprise propriétaire du véhicule. Conduire sous l'influence de l'alcool au volant d'un véhicule de société constitue une double faute : une infraction pénale au regard du code de la route, et une faute grave au sens du droit du travail, susceptible d'entraîner un licenciement sans indemnités.

Pour les employeurs, cette décision de justice confirme qu'il est possible — et même légitime — de licencier pour faute grave un salarié qui cause un accident en état d'ivresse avec un véhicule de société, y compris lorsque le trajet peut être qualifié de professionnel. La mise en place d'une charte d'utilisation du véhicule de fonction, rappelant explicitement les obligations légales du conducteur et les sanctions encourues en cas de manquement, reste fortement recommandée.

Un rappel fondamental sur la sécurité routière en entreprise

Au-delà des considérations purement juridiques, cette affaire est surtout un rappel tragiquement banal du danger que représente la conduite en état d'ivresse. Chaque année, l'alcool est impliqué dans une part significative des accidents mortels sur les routes européennes. Dans un contexte professionnel, les risques sont décuplés : responsabilité civile de l'employeur, image de marque de l'entreprise, conséquences pour les autres usagers de la route.

Les entreprises ont tout intérêt à sensibiliser régulièrement leurs collaborateurs aux risques liés à l'alcool au volant, notamment lors des sorties professionnelles ou des rappels impromptus en fin de journée. Des formations à la sécurité routière, des éthylotests mis à disposition, ou encore des politiques internes claires peuvent faire la différence — non seulement pour protéger les salariés, mais aussi pour éviter des situations aussi coûteuses que celle relatée ici.

En définitive, cet homme qui pensait transformer un accident en opportunité financière aura surtout contribué, bien malgré lui, à clarifier un peu plus les contours du droit du travail appliqué à l'usage des véhicules de fonction en cas d'infraction routière.

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